Les crypto-monnaies méritent-elles votre confiance ?

31/05/2021
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« Dois-je investir en Bitcoin, cela semble si rentable ? » Vous êtes nombreux à m’avoir posé cette question et je vais tâcher d’y répondre tant sur le plan financier que sur le plan moral.


"La monnaie, c'est du temps de travail épargné"

 

       Qu’est-ce qu’une monnaie ? Au-delà de la définition théorique, réfléchissons à ce qu’est concrètement une monnaie pour chacun de nous : les pièces et billets, l’argent sur notre compte bancaire. Cet argent est le fruit de notre travail. Hubert Fondecave, gérant chez Ethiea Gestion, a une formule heureuse : « la monnaie, c’est du temps de travail épargné ».  Quelle monnaie mérite notre confiance pour représenter le fruit de nos efforts ? Détenir des unités de monnaie implique une confiance dans l’autorité qui l’a émise et qui en garantit la valeur.

 

Il s’agit classiquement d’une autorité politique (un Etat) et d’une autorité monétaire (une banque centrale) qui exercent leur souveraineté dans un ensemble géographique limité.

 

Se servir d’une crypto-monnaie pour accumuler de la « valeur » s’apparente donc à de la spéculation, comme les hollandais l’ont pratiquée au XVIIe siècle en s’entichant de la tulipe comme valeur d’échange. L’engouement pour cette fleur a entraîné une hausse vertigineuse des cours (un bulbe pouvait valoir dix fois le salaire annuel d’un artisan spécialisé !) suivie de leur effondrement, ce qui a déstabilisé toute l’économie  du pays et ruiné les spéculateurs. Personne n’était garant de la valeur d’un bulbe de tulipe, tout comme aucune autorité ne garantit la valeur du Bitcoin ou d’une autre crypto-monnaie.

 

       Mais si le lecteur est convaincu qu’il y a un coup à jouer avec la chute récente des cours, il doit cependant comprendre le sens et les conséquences de son acte.

 


Investir revêt une dimension morale

 

Peut-on investir dans une monnaie ? Il y a une contradiction dans cette question pour deux raisons.

       La première est que la monnaie n’est pas un fétiche. C’est un support temporaire de valeur entre le travail qui l’a générée et l’utilisation finale qui en sera faite : consommation ou épargne. Thésauriser est un réflexe de Picsou et non d’investisseur avisé. Pour vous expliquer la deuxième raison, permettez-moi de citer, non un économiste, mais l’un des derniers papes : Jean-Paul II disait qu’investir signifie « offrir à un peuple l’occasion de mettre en valeur son travail[1] ».

       La monnaie que chacun détient a été générée grâce à un écosystème : des entreprises, des clients, des fournisseurs, des travailleurs, un Etat qui a financé des infrastructures. Sortir l’argent de cet écosystème, c’est renoncer au bien commun et appauvrir la société dans laquelle nous vivons, travaillons et dans laquelle nous nous enrichissons.

 

En outre, pour Hubert Fondecave, « placer ses économies dans une monnaie étrangère, c’est jouer contre son pays ».

 


La confiance, ça se mérite

 

       Les thuriféraires des crypto-monnaies mettent en avant les garanties dont bénéficie le porteur : il n’y a aucune création de nouveau Bitcoin, contrairement aux banques centrales qui sont tentées de faire tourner la planche à billets ; chaque transaction est inviolable car authentifiée par la blockchain ; etc.

 

Mais qui peut nommer l’autorité qui garantit la valeur d’un Bitcoin ? Qui est responsable si la crypto-monnaie perd de sa valeur ? Personne.

       

       Par ailleurs la question de la sécurité de cet actif est à considérer attentivement. A la différence de la monnaie scripturale, garantie par une banque centrale, et convertible en billets, la crypto-monnaie est, par nature, une écriture électronique qui n’est accessible à son détenteur que par une clef privée stockée sur papier ou sur le disque dur de l’ordinateur de celui qui l’a achetée. Si le disque dur est piraté, ne fonctionne plus, ou que l’on perd la clef, la crypto-monnaie est perdu à jamais !

 

Alors que celui qui détient 1 000 euros sur le compte de sa banque, même s'il perd son mot de passe, on sait que ses 1 000 euros sont toujours au crédit de son compte bancaire.

 

       Enfin, notamment dans le cas du Bitcoin, posons-nous la question de savoir si nous voulons acheter des Bitcoins aux rançonneurs d’Internet ou aux criminels et marchands d’armes qui en raffolent pour leurs opérations occultes. Il est dans leur intérêt qu’il n’y ait aucune autorité publique garantissant le Bitcoin : pas de lutte contre le financement du terrorisme et le blanchiment d’argent, pas de gel des avoirs des criminels internationaux. Le Bitcoin est leur Eldorado et le spéculateur qui en achète leur permet de s’enrichir en lui donnant un prix.

 

N’investissez pas dans le Bitcoin, investissez dans ce qui construira l’avenir de notre société !


[1] Cf. JEAN-PAUL II, Lett. enc. Centesimus annus (1er mai 1991), n. 36.